Strasbourg devient Strasbar

Actuellement à Strasbourg, où sévit déjà la barification des cafés déjà existants (lire notre article précédent), pas une semaine ne passe sans que ne paraisse l’annonce de la création d’un nouveau bar.
Après l’annonce il y a trois semaines (DNA 26/02/2017) de l’ouverture d’un nouveau bar place d’Austerlitz en lieu et place d’un magasin d’encadrement suivie de celle, il y a quinze jours (DNA 4/03/2017) de l’ouverture d’une brasserie–bar de 1000 m² dans les locaux d’un magasin Intersport ouvrant sur la rue du 22 Novembre et la Grand’rue, et à peine lancée (DNA 11/03/2017) la promotion du « Comptoir d’Eugène » à la Krutenau, une brasserie-bar qui fait la part belle à la vente de bière et qui propose même la vente de bière à emporter en conteneur de 2,5 litres,voici l’annonce de l’ouverture prochaine d’un Icebar, bar de glace, qui devrait ouvrir ses portes en mai 2017.

La publicité faite à cette occasion se félicite du fait que Strasbourg puisse se vanter de compter dans son parc à bars un établissement où la température est maintenue à –10°, privilège jusqu’ici réservé à de vraies « grandes villes » comme Paris, Londres, Moscou, Barcelone, Amsterdam ou New-York mais encore très peu développé dans les villes de moins d’un million d’habitants.
Les clients sont rassurés : ils se feront prêter des vestes fourrées à l’entrée et la vodka servie à l’intérieur les aidera à affronter le choc thermique.

L’article ne dit pas quel coût cet établissement aura au regard du bilan carbone, ni quelle dépense d’énergie sera nécessaire pour maintenir l’intégrité d’une masse de glace de 12 tonnes. A l’heure des économies d’énergie et du développement durable, dans un société où l’on a signé la COP 21, on s’interroge sur l’opportunité d’une telle démarche.

N’y a-t-il pas un double langage, dans une ville qui se dit « consciente des enjeux du développement durable » et engagée dans une croissance économique verte, qui clame son engagement pour limiter le réchauffement climatique et prône les actions éco-responsables (lire la plaquette publiée par la ville de Strasbourg), à donner un avis favorable à l’ouverture d’un tel établissement ?

N’est-il pas aussi absurde de continuer à tolérer le chauffage des terrasses, autrement dit à « chauffer la voie publique en hiver pour le bon plaisir des clients des bars et des restaurants » ? (lire notre article)

« Il ne restera que des mangeurs en Alsace » fait dire à l’un de ses personnages l’auteure de « Lumière des Vivants »* « Ils termineront la cathédrale parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Mais ce ne sont pas eux qui l’auraient construite, le ciel est trop haut pour eux. » C’était en 1332 : à Strasbourg on poursuivait la construction de la cathédrale.

Et si en 2017 il ne restait plus que des buveurs ?

* Sylvie Reff, Lumière des Vivants (roman), une épopée au temps de Maître Eckhart (Editions DERVY, 2002)

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